lundi 30 novembre 2015

Les origines de l'Ethnie Luena appelée aussi Luvale

Le peuple Luena autrement appelé Luvale vit, en grande partie, dans trois pays qui sont : la République démocratique du Congo, l’Angola et la Zambie. En République Démocratique du Congo on le retrouve au sud-ouest du pays dans la région de Dilolo et Kisenge ; en Angola c’est dans la province de Moxico à l’est du pays et en Zambie dans le Copperbelt.

Nous nous proposons ici de raconter les origines des luena, car très peu de documents existent à leur sujet. Nous avons, pour cela, retrouvé quelques éléments historiques récoltés par les colonisateurs belges qui ont administré la contrée de Dilolo et Kisenge en République Démocratique du Congo. Il s’agit de l’Administrateur territorial FFons dont les documents retrouvés ont été écrits en 1916 à KAYOYO, des Administrateurs territoriaux de Malonga Claeys BOUMAERT en 1934, STEYLEMANS EN 1949, du Commissaire de District de Lulua (actuellement District du Lualaba) VAN DEN BYVANG qui ont rédigé des rapports ou autres documents sur les problèmes d’administration et de gestion des peuples de Dilolo. Nous avons aussi consulté quelques ouvrages et interrogé quelques anciens comme le luena MUHUNGA Venance.

L’AT FFons écrit entre autre ce qui suit : « Jusqu’à présent (en 1916), les baluenas avaient été considérés comme constituant une tribu ou race distincte, d’origine angolaise, aujourd’hui, par suite des recherches, il est démontré que les baluenas sont tous d’origine Lunda et que par suite de dissidence de Tshiniama, fondateur de la tribu baluena, ils se sont alliés aux batshiok ».

La narration issue de la tradition rapporte que Chinyam avait quitté la Nkalany après l’altercation historique des fils et filles de Nkond. En effet, Chingud a Nkond, Ndondj a Nkond, et Chinyam a Nkond étaient furieux du fait que leur sœur Ruwej a Nkond avait cédé le Rukan (l’anneau qui symbolise le pouvoir) au chasseur étranger d’origine luba, Chibinda Ilunga. Les trois frères et d’autres personnes encore décidèrent de partir de Nkalany (cfr Ngand yetu pp 12 et ss)[1] et émigrer vers d’autres cieux.

L'actuelle Ruwej réside à Musumba (R.D. Congo)
 
Steylemans est plus précis sur les deux branches des Luena (Luvale). D’une part, il y a Tshinyama Lujila et d’autre part il y a le neveu de Tshinyama appelé KAPUMBA qui prendra le nom de KATENDE. L’oncle et son neveu entamèrent la migration qui les conduisit à la rivière KAMALENGE, affluent de LULUA.  Les fils de Tshinyama qui étaient d’abord restés à Nkalany rejoignirent les migrants à cette étape. Il s’agit de KAKENGE et de TSHIVUNDA. LUJILA Tshinyama étant vieux mourut à cette première étape. KAPUMBA KATENDE est soupçonné par les fils de TSHINYAMA d’avoir causé cette mort (sorcellerie). La mésentente a commencé alors entre la branche KATENDE et la branche TSHINYAMA, mais ils continuent leur route ensemble. Ils s’établissent successivement à la KAVUNGA, affluent de la DEMBO, puis à la KATUKA NGONI, affluent de la DEMBO KAKESE, à la TSHIMBUMBULU, affluent de la LUAKANO. Finalement, TSHIVUNDA qui a pris le nom de TSHINYAMA TSHA MUKAMAYI se détache de KAPUMBA KATENDE et poursuit la route vers la rivière LUENA, affluent du ZAMBEZE. Le nom de LUENA collé à cette ethnie provient donc de cette rivière qui était l’objectif final de la migration.


A.    LA BRANCHE KAPUMBA KATENDE

Il est établi que le pouvoir de Nkalany où régnait RUWEJ ne laissa pas tranquille KAPUMBA KATENDE. Il fut l’objet des attaques pour l’obliger à renoncer à la migration. Mais il résista victorieusement et poursuivit sa pérégrination : rivière KUMBA, affluent de LUNGEVUNGU, rivière MWALE, affluent de LUKULU, KONDE, île du Kasaï que KATENDE choisit en raison de sa position stratégique.  Finalement Nkalany se fatigua de cette guerre et renonça aux hostilités. Ruwej envoya des émissaires auprès de KATENDE, porteurs des cadeaux. Ces émissaires rapportèrent le souhait qu’avait Ruwej d’inviter KATENDE à NKALANY. Méfiant, KATENDE envoya sa parente NATSHUMBA pour s’enquérir de la situation réelle : TSHIBINDA régnait-il toujours ? NATSHUMBA emportait aussi des cadeaux pour RUWEJ. TSHIBINDA n’était plus à Nkalany le pouvoir était transmis à son fils YAVA, celui qui deviendra le premier MWANT YAV. Et c’est YAV qui reçut les cadeaux destinés à RUWEJ. Il les considéra comme un tribut lui payé par ceux qui avaient émigré. Les émissaires revinrent rapporter ces faits à KATENDE qui décida de rompre définitivement et irrévocablement avec la Nkalany. KAPUMBA KATENDE mourut âgé à KONDE où le groupe s’était fixé longtemps.
TSHIKUMBA, puis KONGOLO lui succèdent et meurent tour à tour.
 MUTUMBA fut le quatrième chef des KATENDE. Il quitta KONDE pour KALOMBA, il y meure ainsi que ses successeurs KASONGO et TSHIKUMBI.
NGONGA, septième chef KATENDE s’installe et meurt à la KANGA.
MUTEBA, huitième chef occupe successivement les emplacements suivants : rivière KATSHINANI, affluent de LUASHI, rivière TSHIPENGO PENGO, affluent de la LULUA, rivière DILOLO, affluent de la LULUA où MUTEBA meurt.
MUTEBA KALIPA, neuvième chef s’installe à MULILA, affluent de la LUASHI, à la LUKHAU, affluent de la LUAO, au Congo, il y meurt
TSHIKOMBA, dixième KATENDE, il est investi à LUKHAU. En 1918, MWANT YAV vint pour une tournée dans cette région et veut forcer ce chef à lui payer tribut. L’E.I.C soutient la prétention de MWANT YAV, mais TSHIKOMBA s’y soustrait en émigrant en Angola où il s’installe sur la rivière KASUKA, sous-affluent de LUASHI. Il revint plus tard au Congo-Belge et s’installa à la KANIEMBA. Mais TSHIKOMBA reste fermement décidé de se retirer en Angola si sa dépendance au MWANT YAV venait de nouveau à être envisagée. Il était revenu au Congo parce que il avait été frappé par le chef de Poste de CAYANDA. Il mourut à KANIEMBA en 1926. Une source tout à fait indépendante raconte cet événement de non-soumission de TSHIKOMBA au MWANT YAV : « En effet depuis la colonisation le chef KATENDE n’avait jamais payé tribut au MWANT YAV, ni n’a jamais été investi coutumièrement par ce dernier. Il ne lui reconnaissait presque pas d’autorité sur lui. L’épisode suivant est à ce titre significatif. Lors de la visite de MWANT YAV MUTEB à Dilolo en 1918, un conflit opposa les deux chefs indigènes… Après un certain temps, KATENDE envoya un émissaire au chef MWANT YAV afin d’arranger une entrevue entre les deux personnages. Le MWANT YAV  accepta mais à condition que KATENDE, pendant l’entretien, ne puisse s’asseoir sur une chaise devant lui comme il se doit. KATENDE fit répondre qu’il ne voulait pas être traité comme un esclave et partit le même jour pour l’Angola, d’où il revint seulement en août 1925. » [2]


Katende Tshipoy
Le successeur de TSHIKOMBA   fut LIKENIA TULUMBA surnommé SATSHILEMBE. Il est le frère propre de TSHIKOMBA et de MUTEBA KALIPA. SATSHILEMBE fut coutumièrement vrai KATENDE mais il ne fut pas investi. Il mourut en 1946. Avant de mourir,  il avait désigné son successeur coutumier en la personne de TSHIKAMBI TSHA TSHILOMBO alias MUKENDENGE Jean qui hérita le LUKANO. MUKENDENGE fut remplacé par KAPALU, puis TSHIPOYI, chef en 1947.

B.      LA BRANCHE DE TSHINYAM
Comme nous l’avons dit plus haut, TSHIYAMA poursuit sa route vers LUENA l’affluent de ZAMBEZE. Il s’établit d’abord sur la MAHONGO après une bataille victorieuse contre les WANDJENDJI. Après sa mort, il est remplacé par son neveu TSHITETA TSHINYAMA dans les années 1740. Celui-ci est succédé à son tour par son frère KAYENGE KAKENGE VERS 1760, suivi de ZENGO ZENGO. A ZENGO ZENGO succéda TSHIVUNDA TSHA KOTSHI qui fit la guerre aux BALUTSHATSHA établis sur la KANASHI, affluent de la LUENA. Il fut vainqueur. Après la mort de TSHIVUNDA, le pouvoir est donné à KALIPA KAUMBA TSHINYAMA, succédé par le chef KAWIZA TSHITETA qui régnait encore en 1947.
Au temps de TSHIVUNDA, on raconte cette histoire d’usurpation de pouvoir par des fils et filles d’esclave.

L'actuelle Nyakatolo réside en Angola à Luena (Moxico)

NYAKATOLO, sœur de TSHIVUNDA, et détentrice de l’anneau impérial (LUKHANO) des TSHINYAMA, avait une fille nommée MAHONGO. TSHIVUNDA maria sa nièce MAHONGO à un de ses notables ZENGELA. MAHONGO mourut très jeune et TSHIVUNDA TSHINYAMA réclama à ZENGELA des dédommagements suite à ce décès. ZENGELA donna alors une jeune esclave pour ce motif. Elle s’appelait KATAMBU. TSHIVUNDA la débaptisa pour l’appeler MAHONGO, en souvenir de sa nièce et décida même de l’affranchir. Plus tard, il la donna en mariage à KAHILU, un de ses notables. MAHONGO II et KAHILU eurent sept enfants : TSHISESU(m), KAYAMBA TSHIYAZE(m), KUTEMBA (f), KAYANDA(f), MWANA KAJILA(m), KAFUNDANGA(m) et KALUMBU(f). Devenus adultes, ces enfants voulurent prétendre au trône, c’est alors que TSHIVUNDA les traita d’esclaves et leur apprit l’histoire de MAHONGO II. Une dispute s’en suivit. TSHIVUNDA se vit obligé de les chasser tous. TSHISESU et ses frères et sœurs et toute la descendance s’en allèrent ailleurs.

 
TSHISESU créa sa lignée de royauté. La tradition raconte qu’avant l’arrivée des européens TSHISESU TSHIFUNGA KAKOMA et son frère TSHISESU KAFUNDANGA s’établirent sur la rivière LUMESHI, vers la région de l’actuelle province de MOXICO. Ayant entendu parler des ressources du pays des LUNDAS, ils vinrent s’en rendre compte et arrivèrent ainsi dans la région de la DEMBO, au nord de DILOLO où ils trouvèrent chasse et divers autres produits. L’expédition terminée, ils retournèrent vers leur région d’origine. TSHISESU fut attaqué par son voisin KANGOMBE qui voulut s’emparer de son pouvoir.
TSHISESU appela au secours MWAKANDALA et KANGOMBA fut battu. Suite au non-dédommagement envers le MWAKANDALA qui avait contribué à la victoire des TSHISESU, une autre guerre éclata. Cette fois-ci TSHISESU se tourne vers d’autres TSHOKWE et parvint à infliger une défaite à MWAKANDALA, aidé aussi par son frère KAYAMBA TSHIYAZA. KAYAMBA mourut et succédé par son neveu du même nom KAYAMBA qui prit le nom de TSHILEMO MUZALA. Tout ceci se passe en Angola. C’est TSHILEMO MUZALA qui quittera enfin KASUMBI pour s’installer au Congo Belge au bord de la rivière KAMIANDA, sous affluent de la MUTANGALA.
MUZALA TSHILEMO eut comme successeur TSHILEMO TSHINDJANDJA. Celui-ci connaitra des disputes avec la branche KATENDE. Des maisons furent brûlées de part et d’autre. En 1915, le groupement TSHILEMO est constitué en Sous-chefferie par les colonisateurs. En 1926, TSHILEMO TSHISENGA alias KAFWANDA est nommé sous-chef, mais il est révoqué en 1929. KAJIKA TSHILEMO prend sa place. Il mourra en 1936. Son successeur TSHILEMO TSHIPOYI eut la chance d’être médaillé la même année (1936).
Le rapport des colonisateurs de 1926 nous renseigne que le groupement qui porte le nom de KATENDE aurait dû être scindé en deux : il y aurait eu deux investitures, celle des luena de SATSHILEMBE et LUFUPA de la lignée de KATENDE KAPUMBA et celle des luena de TSHILEMO lié à TSHINYAMA. L’Administrateur Territorial écrit qu’il était occupé à la réunification des groupements aluena de Dilolo et de Luashi en vue de l’investiture d’un seul chef, le candidat KATENDE-SATSHILEMBE. Mais TSHILEMO refusa de se soumettre et de partager le pouvoir avec KATENDE tout comme il ne pouvait tolérer, par ailleurs, d’être soumis au pouvoir du MWANT YAV auquel les colonisateurs voulaient l’annexer. Cette situation va retarder l’organisation de cette entité en chefferie.
Voilà comment s’est effectuée l’occupation des terres par les Luena : ils restent jusqu’à ce jour éparpillés entre trois pays : l’Angola où ils arrivèrent lors de la dispersion de la Nkalany, la R.D. Congo où ils ont conquis des terres et la Zambie, lieu d’expansion où l’on trouve des rivières significatives liées à cette tribu de la Zambèze et de Luena. Originairement lundas, d’après l’histoire que nous avons contée partant des sources coloniales, ou autres orales et écrites, les luena ont eu, pendant leur migration, beaucoup de contacts avec d’autres peuples qu’ils rencontraient sur leur route. Il s’agit notamment de leur voisinage avec les tshokwe,  les ndembo et les minungu.

Il faut noter que pendant cette période, néfaste aux lunda, les luena mettent l’emprise sur toute la région située au sud et au sud-est de la rivière Luao et de Kanduku. Devant les sous-chefs lunda, ils invoquent toujours le droit du premier occupant. D’où, leur insoumission au Mwant Yav. L’histoire nous apprend, par ailleurs que, bien avant 1875, la région de la Dembo, au nord de Dilolo, relevait déjà de l’autorité exclusive de Mwant Yav qui s’était peu à peu avancé jusqu’à la Luao où il installa le chef lunda KALENDA et jusqu’à la Kanduku où il plaça le chef lunda SAKALWILE. Poussant plus loin, on arrive à la Lovua, où est installé TSHISANGAMA. Un autre lunda, Kazembe Mutanda occupe la haute LUKOSHI avec une partie du bassin gauche de la MUKULWESHI. L’empoignade pour l’occupation fut donc inévitable entre les peuples lunda, luena, ndembo, minungu, et tshokwe. Les alliances entre eux se font et se défont : par exemple, TSHINYAM, TSHILEMO et KATENDE tous chefs luena, alliés aux tshokwe, marchèrent contre les ndembo des chefs KAWEWE, SHINDI, KANONGESHA et KAZEMBE. SHINDI et KANONGESHA furent battus et faits prisonniers. Rassurés par ces expéditions victorieuses, les luena demandent en 1916 à SUWOLA, frère de KAWEWE   de leur rendre tribut. SUWOLA refusa et fut, de ce fait, attaqué par TSHINYAMA allié à KANGOMBE. Ceux-ci furent battus complètement par SUWOLA qui fit prisonnier le frère de TSHINYAMA. De son côté, KATENDE  attaqua KAZEMBE. TSHILIAMUTONDO et d’autres frères de SUWOLA lui volèrent au secours : KATENDE ne se risqua pas à une grande bataille et se contenta de faire la rafle des esclaves chez les ndembo.

Après plusieurs années de petites guerres entre ndembo et luena, ils firent tous alliances pour vivre en paix.
Les guerres, les alliances entre ces différentes tribus auront, bien sûr, des répercussions aussi bien négatives que positives. Des rancunes vont se perpétuer de génération en génération entre elles. Mais les mœurs et les langues vont, d’autre part, s’enrichir et se ressembler les unes des autres. Il est bien entendu que ces ressemblances ne sont pas dues simplement et exclusivement aux contacts entre ces peuples, mais aussi et surtout à leur origine commune. Par exemple, entre les lunda et les luena, on ne s’y trompe pas : le lukhano, les anneaux aux chevilles, la peau du lion ou du léopard pour les pieds du chef, le kalombo, formule de politesse qui sort de la bouche des sujets soumis au chef ; kalombo s’effectuant en se jetant de la terre d’humilité les avant-bras… tout cela n’est étranger ni aux lunda, ni aux luena, c’est leur culture d’origine commune. La diaspora n’a rien altéré chez les fils et filles venus de la NKALANY vivant aujourd’hui chez eux, en province de Moxico en Angola, sur les terres de la luao à Dilolo, de la Luashi à Kisenge en R.D. Congo ou du Zambèze en Zambie.

Alain KALENDA KET

 




[1] L’ouvrage Ngand yetu a été rédigé en 1963 par Madame A. E. Lerbak, Daniel Munung, André Nawej et Jean Mij de la Mission Méthodiste de Musumba à Kapanga
[2] KAPEND KAMAND, l’impact de l’administration coloniale sur les structures socio-politiques des Aruund (1896-1960), Mémoire de Licence, Département d’Histoire,  UNILU, 1986, p.71, inédit.

vendredi 11 octobre 2013

LE CENTENAIRE DU TERRITOIRE DE DILOLO




Les sources qui nous ont permis d’écrire l’histoire du Territoire de Dilolo sont essentiellement constituées par des documents écrits par les anciens Administrateurs du Territoire de Dilolo et des Commissaires de District de Lulua (Actuel District du Lualaba). Il s’agit notamment des écrits :

- Du Commissaire de District de Lulua, Monsieur GOSME (1913)

- De L’Administrateur territorial FFONS : en 1913, il a écrit sur les Tshokwe et en 1916, sur les Luena.

- Du Commissaire de District de Lulua CAROL T. R.

- De L’Administrateur territorial Jean Galaud (Malonga, 1937)



De tas d’archives constitués des lettres administratives, des cartes très détaillées des territoires du Katanga et d’autres documents de grande valeur étaient conservés par les Pères Franciscains du Collège Bienheureux Jean XXIII. Ils ont tous été transférés en Europe à la fin du 20e siècle. Nous avons eu le privilège de les consulter à la Bibliothèque du Collège pour des recherches personnelles que nous menions à l’époque.



CREATION DUTERRITOIRE DE DILOLO

Par l’ordonnance d’administration Générale du 22 janvier 1914, on constitua en même temps que le District de Lulua, le Territoire de Dilolo ayant son Chef –Lieu à Dilolo (actuellement Dilolo-Poste). Dilolo-Poste devenait alors un centre florissant avec plusieurs magasins. Quant au District de Lulua, actuel District du Lualaba, son Chef-Lieu était implanté à Sandoa.

Mais l’histoire administrative de Dilolo sera faite de multiples déplacements du Chef-Lieu, de multiples découpages et de multiples modifications des limites du Territoire. Les limites naturelles assignées à ce Territoire étaient, en principe, à l’est le territoire de Lubilashi, au Sud et à l’ouest, l’Angola. Une ordonnance de décembre 1923, modifia les limites, puis une autre celle du 30 novembre 1926. Quelques années plus tard, le 02 mars 1928, le Congo-Belge dut céder au Portugal (Angola) la rive gauche de la rivière Luao, précisément à l’endroit où cette rivière se jette dans le Kasaï.

Au moment de la constitution du Territoire, on établit aussi les limites des chefferies. A cause de la prédominance de la tribu Tshokwe dans cette contrée, les Belges nommèrent ce territoire, Territoire Tshokwe. Les chefferies Tshokwe ci-après furent créées : la chefferie Tshokwe Sayenge en 1925, et la chefferie de Mwakandala, en 1926.

Ces nouveaux regroupements étaient dictés par des motifs politiques et ethniques, car auparavant, le Territoire de Dilolo était compris dans la vaste chefferie de Mwant-Yav et était subdivisé en diverses sous-chefferies, à savoir, Saluseke, Muyeye, Mwene-Kanduke ou sous-chefferie Ndumba, et quelques années plus tard la sous-chefferie de Sakambundji, au Nord-ouest de Dilolo à la frontière avec l’Angola.

Dans le même souci de garantir une unité d’administration non conflictuelle, le groupe de la tribu Luena habitant les villages de Katende et de Tshilemo fut séparé en 1927, de la sous-chefferie Ndumba, dépendant de Mwant Yav directement. Cependant la partie attribuée aux Luena ne sera réellement organisée en sous-chefferie qu’en 1936.

Par ailleurs, par suite de la cession de la rive gauche de la Luao à l’Angola, la Sous-Chefferie de Saluseke devait pratiquement disparaitre. Les belges durent faire quelques aménagements en amputant la Sous-chefferie Ndumba de ses terres pour les attribuer à Saluseke : c’est la partie qui constitue l’actuelle Chefferie Saluseke.

C’est en 1936 que ces Sous-Chefferies acquerront toutes, le statut de chefferie.

LE TERRITOIRE DE LUASHI

La partie Est au territoire de Dilolo, dans les bassins des rivières Lulua et Luashi fut constituée en Territoire au même moment que celui de Dilolo en 1914, c’est le Territoire de Luashi. Il comprenait la sous-chefferie de Kazembe, la sous-chefferie des Lunda du Nord-est, la sous-chefferie de Tshilemo et la sous-chefferie Katende occupées par les Luena, les sous-chefferies de Tshisangama, de Sakayongo et de Mukonkoto habitées par les Ndembo.

En 1928, on traça la route qu’on appelait jadis Leokadi. En 1930, les missionnaires Franciscains s’installèrent près de la rivière Wakola et deux années plus tard, ils virent croître un mouvement à caractère religieux appelé Mahimba. Ce mouvement exaltait le culte des ancêtres. Le Sous-Chef Kazembe en devint un fervent adepte. Au moment de la répression de ce mouvement par les autorités coloniales, le Sous-Chef Kazembe fut arrêté et déchu. Le Territoire de Luashi fut supprimé et devint un poste. Le poste de Luashi subsistera jusqu’en 1948, date à laquelle il sera transféré à Kasaji.



LE TERRITOIRE DE MALONGA

Par l’ordonnance du 21 mars 1932, le Chef-Lieu du Territoire de Dilolo sera déplacé de Dilolo-Poste à Malonga. Les Belges réunirent la contrée de Luashi (près de l’actuelle Kisenge-Manganèse) et celle de Mutshatsha en un seul Territoire pour constituer ce qu’ils appelèrent Territoire de Malonga. Ils retiraient à Dilolo, à Lwashi et à Mutshtsha leurs privilèges antérieurs de chefs-lieux de Territoire. Pour les Belges, en effet, Malonga avait une position centrale pour une bonne administration. Dilolo, devint un poste administratif de même que Luashi et Mutshatsha. Ils étaient dirigés par un Chef de Poste.

C’est à cette date (1932) aussi que fut supprimée l’appellation de District de Lulua en attachant ses territoires à celui de Lualaba.

RETOUR AU TERRITOIRE DE DILOLO

Le Territoire de Malonga vivra jusqu’en 1950. Le 12 janvier 1950, il fut décidé de transférer définitivement le Chef-lieu à la frontière avec l’Angola. Le Territoire retrouva son ancienne dénomination TERRITOIRE DE DILOLO.

Alain Kalenda Ket

DILOLO, reportage d’un observateur

Jadis centre commercial frontalier congolais très florissant, Dilolo-Gare est aujourd’hui une agglomération terne où la population essaie de survivre grâce aux activités orientées vers l’Angola. Le visiteur venant de Kolwezi ou de Lubumbashi par route, débouche immédiatement sur ce qui fut le centre des affaires : de grandes constructions des magasins bâties dans les années 1940 par les commerçants grecs et portugais. Tout de suite, l’on se rendra compte que Dilolo jouissait d’un certain prestige par la coquetterie de ses maisons. La grande artère de la ligne des magasins se prolonge à l’ouest vers la douane et l’Angola. En descendant plus bas vers le sud vous trouverez l’édifice imposant de la Gare SNCC cachée dans une verdure des palmiers. On y accède par une avenue sous forme d’arc qui remonte vers la ville après avoir dépassé une ancienne station d’essence. Les piétons peuvent dévaler les escaliers au centre de cet arc pour atteindre la gare. Les palmiers embellissent le paysage de la ville de Dilolo. Plantés au bord des avenues, ces palmiers, qui s’alternent avec des manguiers, donnent à cette cité un air exotique. Dilolo s’étale ensuite vers le nord où le colonisateur Belge avait implanté les bâtiments de l’administration territorial (Nord-ouest), l’hôpital central, les églises Catholiques et Garenganze… La cité populaire est construite toujours vers le nord en prolongement de la ville après avoir dépassé, dans la vallée, le bruyant marché et le monument du MPR de Mobutu. Cette carte postale de Dilolo dessine une petite ville complète avec une installation électrique et ses conduites d’eau des robinets de la Regideso. A l’extrême ouest, à quelque deux kilomètres du centre-ville, c’est le camp des agents SNCC puis, la douane constituée par des maisonnettes construites par les belges. La rivière Luau est la frontière naturelle qui sépare la République Démocratique du Congo de la République d’Angola. Aussi, les deux villes frontalières de part et d’autre des deux pays portent-elles la même dénomination authentique de Luau (Luau-Dilolo et Luau-Texeira de Sousa). Et aujourd’hui Dilolo… Au centre commercial, les magasins de jadis n’existent plus. A la place, les imposantes constructions abritent quelques boutiques insignifiantes, d’autres sont fermées. La Poste est utilisée par la CENI. Les routes sont toutes crevassées. Comme c’est la mode au Congo, ce sont les motocyclistes qui y règnent en maîtres. Les angolais ont déversé à Dilolo toutes sortes de motos qui servent de taxis. Quelques minibus transportent aussi des passagers vers la douane ou vers la cité. La population essaie de survivre en vendant des cossettes de manioc en Angola. La reconstruction est un mot inconnu à Dilolo. La population se dit délaissée : aucune réalisation visible comme ailleurs dans le pays. Le Président de la Société Civile déclare : « Même dans le projet initial des réfections des routes, Dilolo avait été oublié ». Et lorsque les travaux ont finalement commencé sur l’axe Kasaji-Dilolo (144 km), après moult tergiversations, ils sont mal exécutés et avec une lenteur exaspérante : depuis près de 3 ans quelques machines réparent par-ci, par-là la route nationale menant vers Dilolo sans jamais la terminer. Les grands bus de la Compagnie Tanzanienne TAQWA s’arrêtent à Kasaji. Ils attendent avec impatience l’amélioration de la route pour atteindre Dilolo.

 Quant au chemin de fer, on y voit guère plus clair : le salut de la population de Dilolo devrait venir des activités ferroviaires de la SNCC. Dilolo (via Lobito en Angola) était, en effet, une des portes d’importations et d’exportations privilégiées de la République Démocratique du Congo et du Katanga en particulier. Alors qu’en Angola, les chinois s’activent à réparer les rails du pont reliant l’Angola au Congo, du côté de Dilolo, c’est le calme plat. Apparemment rien ne se fait. A la gare de Dilolo c’est la désolation : l’herbe a envahi les rails, le quai jadis grouillant de monde sombre dans un silence de cimetière. Pour marquer une présence humaine à la gare, un tenancier de débit de boisson est venu se réfugier dans ces installations. On y boit aussi bien la Skol, la Simba que les nombreuses bières et vins de l’Angola. Quelques vieux wagons tout rouillés dans un coin sur les rails de l’espace de la gare témoignent encore aux yeux des buveurs qu’il a existé de vraies activités de cheminots en ces lieux. Ce paysage ressemble bien à celui de la gare de Kolwezi dont le sort est lié à celui de Dilolo. C’est la nuit noire sur ces sites dont dépendent non seulement les vies de milliers d’agents SNCC mais aussi l’économie des populations qui survivent grâce au chemin de fer vers Dilolo. La population du territoire de Dilolo se meure, elle est dépitée. Lorsqu’on voit LUAU (Texeira) à côté, la ville sœur d’Angola renaître de ses cendres de la guerre, on ne peut s’empêcher d’admirer le génie. En effet, dès qu’on traverse le pont à deux kilomètres de Dilolo, le spectacle change : la route vers la ville angolaise (située à 11 km) est merveilleusement asphaltée, les bâtiments de douane angolaise sont impeccables ; la gare, toute jolie, a été reconstruite en étage ; il y a des pompes à essence. Les chinois sont partout au volant de gros camions, s’affairant à reconstruire routes et aéroport international. Une vie nouvelle a commencé pour cette petite ville angolaise qui se reconstruit rapidement (hôpitaux, écoles, hôtels…).

 Une lueur d’espoir pour Dilolo aussi ?…
Deux Ministres Provinciaux du Katanga (celui de l’Education et celui du Budget) viennent d’effectuer une visite d’inspection à Dilolo à partir du 1er octobre dernier. Ils n’ont pas manqué d’aller jusqu’au pont de la douane constater la différence. De par sa position géographique, Dilolo peut espérer renaitre un jour. De gros camions viennent du Kasaï pour se procurer du carburant. Dilolo dispose de deux Radios et d’une Télévision qui diffusent des émissions locales. Au soir, la Ville est éclairée de 19 heures à 22 heures par un groupe électrogène de 250 KVA. Environ 90 ménages sont connectés. Il existe, pour la ville de Dilolo, un projet d’adduction d’eau qui attend le financement de l’Etat(BCCO). Une vieille locomotive commence à atteindre la gare de Dilolo en provenance de Lubumbashi. Et surtout, on attend l’inauguration prochaine (en novembre ou décembre ?) du pont de chemin de fer à Dilolo et la relance du commerce international par la voie de Lobito, reconnue comme la plus courte pour approvisionner l’industrie minière du Katanga. Mais jusqu’à ce jour, les travaux ne s’exécute que du côté angolais. Malgré tout, la population est ballotée par une vague lueur d’espoir… « Quelque chose va arriver… »
                                                                                                
Alain Kalenda Ket

mercredi 26 décembre 2012

ANALYSE DE L’INTERACTION ENTRE LA COMMUNICATION DES HOMMES POLITIQUES, LES MEDIAS ET L’OPINION PUBLIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO (CAS DE LA COMMUNICATION POLITIQUE DE LAURENT DESIRE KABILA).



Il existe une corrélation très forte entre les hommes politiques et les médias, d’une part, et d’autre part, les médias et la formation de l’opinion publique. Cela est évident.

I. LA QUESTION DE DEPART

Qu’est ce qui a fait qu’en une période relativement courte de vie politique en R.D. Congo, Laurent Désiré Kabila a eu un grand impact, non seulement sur l’opinion du peuple congolais, mais aussi sur son comportement ? Le peuple congolais sous LD Kabila, était en effet embarqué dans une dynamique de changement qualitatif de mentalité. Pourquoi a-t-il suscité tant d’admiration au sein du peuple Congolais, même si, par ailleurs les détracteurs ne manquent pas ?

Laurent Désiré Kabila nous impressionne de plusieurs manières par sa communication politique. C’est ce phénomène que nous voulons étudier.
II. L’ETAT DE LA QUESTION

Parler de Laurent Désiré Kabila parait être un terrain encore très peu exploité. Les publications sur Laurent Kabila concernent surtout des biographies. Nous citons, par exemple, l’ouvrage d’Erik Kennes intitulé Essai biographique sur Laurent Désiré Kabila publié à l’Institut Africain CEDAF de Tervuren ; ou encore celui de Dieudonné TEBANGASA portant comme titre, Le personnage de Laurent Désiré Kabila dans la presse congolaise, publié chez l’Harmattan. Mais des travaux dans le cadre purement de la recherche scientifique en communication politique sont inconnus de notre part.

C’est pourquoi nous nous proposons de mener une étude scientifique sur Laurent Désiré Kabila, en intégrant des données théoriques en matière de communication. Nous approfondissons en cela, un article que nous avions déjà publié dans les annales de l’Université de Kolwezi sous le titre de Les stratégies de Communication politique de Laurent Désiré Kabila .
PROBLEMATIQUE

En partant du problème du départ né de l’étonnement sur la propagation rapide et aisée de la politique de Laurent Désiré Kabila en République Démocratique du Congo, nous pouvons dès lors formuler notre hypothèse en ces termes : Qu’est-ce qui fait l’efficacité d’une bonne communication politique ? Celle-ci est la question centrale suivie des sous-questions ci-après : quels sont les modèles de communication politique utilisés régulièrement par Laurent Désiré Kabila ? Quelle est l’importance et le rôle des médias dans la formation de l’opinion publique en faveur de Laurent Désiré Kabila ?

HYPOTHESE

L’observation des comportements de Mzee Laurent Désiré Kabila et l’écoute de beaucoup de ses discours nous ont amené à déclarer que les objectifs L.D.Kabila consistaient notamment à essayer de convaincre ou de persuader le peuple congolais à opérer un changement radical de mentalité, en abandonnant l’esprit de lucre et la corruption Mobutienne. A cet effet, nous avons constaté que les médias ont été abondamment mis à contribution pour influencer les foules. Certaines techniques ont été utilisées, notamment les techniques basées sur les théories de l’imitation prônées par Gabriel TARDE, celles de Paul LAZARSFELD sur le two step flow of communication ou la communication indirecte en passant par les vedettes de la chanson congolaise pour faire passer le message, l’usage des discours-slogan etc.

Ce modèle de communication peut se résumer en ce qu’on appelle le modèle marketing de la communication politique dont Barack OBAMA, l’actuel Président des Etats-Unis est passé pour champion.

Nous formulons ainsi notre hypothèse en ces termes :

La maîtrise des techniques de communication basées sur le marketing politique ainsi que l’usage intelligent des médias dont la télévision, l’Internet et la Radio pourrait être à l’origine d’une communication politique efficiente. Celle-ci aurait pour corollaire la formation d’une large opinion favorable à sa personne et à ses idées.
METHODES ET TECHNIQUES

a. Méthodes

Etant donné que notre travail part de l’expérience sur terrain, nous étudions quelques cas, à la limite, un cas spécifique, où la stratégie de communication basée sur le marketing politique contribue à mieux vendre l’image du politicien comme on vend un produit. En effet, on constate que Laurent Désiré Kabila a voulu faire passer un message fondamentalement opposé à la politique de son feu prédécesseur Mobutu : mettre fin à la perpétuation des antivaleurs dont la corruption, l’orgueil du zaïrois, le vol, etc. Ses paroles, ses attitudes et gestes, sa tenue vestimentaire ont constitué un mode de communication qui a provoqué de l’admiration du public congolais envers sa personne. Dans un tout autre contexte, le Président Barack OBAMA, champion du marketing politique a remporté, par deux fois, les élections aux Etats-Unis d’Amérique.

La méthode que nous allons privilégier est donc l’induction, méthode par excellence des sciences expérimentales.

Mais nous utiliserons aussi avec profit, la méthode historique en complément à la première. Celle-ci nous permettra à situer les informations des textes dans leur contexte historique pour en tirer des conclusions.

b. Techniques

Nos recourrons à l’observation, à la technique documentaire et aux sondages d’opinion sur Laurent Désiré Kabila surtout dans la dernière partie de notre travail.



PLAN PROVISOIRE DU TRAVAIL

PARTIE INTRODUCTIVE

CHAPITRE I : PRESENTATION DU SUJET

CHAPITRE II : CADRAGE THEORIQUE

2.1 NOTION DE COMMUNICATION POLITIQUE

2.2 NOTION SUR LES MEDIAS

2.3 NOTION SUR L’OPINION PUBLIQUE

CHAPITRE III : APERCU BIOGRAPHIQUE DE LAURENT DESIRE KABILA



PARTIE II : MODELES DE COMMUNICATION DES HOMMES POLITIQUES EN R.D.CONGO

CHAPITRE I : PRESENTATION DES MODELES

1.1 MODELE DIALOGIQUES : LA FORCE DES ARGUMENTS

1.2 MODELE MARKETING : VENDRE SON IMAGE DE MARQUE

1.3 MODELE PROPAGANDISTE : PERSUASION OU LA FIN JUSTIFIE LES MOYENS

CHAPITRE II : LES STRATEGIES DE COMMUNICATION POLITIQUE DE L.D.KABILA



CHAPITRE III : L’IMPACT DE LA COMMUNICATION DE L.D.KABILA SUR L’OPINION PUBLIQUE

(ENQUETE PAR QUESTIONNAIRE)



CONCLUSION GENERALE



OUVRAGES

BALLE Francis, Médias et sociétés, Paris, Montchrestien, 1997.

Collectif, Médias Introduction à la presse, la radio et la télévision, Paris, Eclipses, 1999.

KENNES Erik, Essai biographique sur Laurent Désiré Kabila, CEDAF, Tervuren, 2003



mercredi 12 décembre 2012

Wedding

Alexis Miji uni à Kenny Simbi pour le meeilleur et pour la vie. C'est à la Paroisse Ste Elisabeth au croisement des avenues Kamanyola et de la Révolution à Lubumbashi.




















lundi 25 juin 2012

CHAP 12 : LA COOPERATIVE AGRICOLE DE KAPANGA

          En marge des activités purement pastorales, les Pères Salvatoriens ont créé aussi une Coopérative agricole en faveur de la population de toute la zone de Kapanga. C’est le 10 septembre 1981 qu’elle vit le jour sous l’égide des Pères Joseph CORNELISSEN et Laurent JANSSENS. La Coopérative Agricole de Kapanga (Cagrikap en sigle), était censée participer activement à l’amélioration de la vie de la population ; elle était appelée à être un modèle de développement communautaire rural.

               Effectivement, la CAGRIKAP eut des débuts florissants, elle faisait le prestige de la mission catholique de Kapanga. On importa d’Europe les moyens nécessaires pour que s’épanouisse l’Entreprise : le 08 juillet arrivèrent les deux premiers véhicules, un lourd camion Magirus et une jeep Land Cruiser. Jacques Santos, le chauffeur digne des Pères Salvatoriens, qu’accompagnaient les Pères PIET et JOS POLDERS ramena de Kinshasa, sans casse et par route l’importante acquisition de la CAGRIKAP. Le personnel de direction de l’Entreprise vint aussi d’Europe. Ce premier gérant fut le suisse DIETER IMHOF. Des équipements de toutes les sortes arrivèrent, on construisit des bâtiments : des entrepôts et des silos pour la conservation des produits. Des containers sont débarqués ayant dan leurs gros ventres des outils… CAGRIKAP connut un point de départ fulgurant, son siège Social fut établi à Musumba. Son rôle essentiel était l’encadrement des agricultures de engrais leur sont fournis. Après la récolte, le grand camion passe dans les villages acheter les produits es paysans coopérateurs. La CAGRIKAP les travaille à Musumba (au moulin, aux décortiqueuses…), les conserves pour les consommer au moment opportun. Elle s’occupait non seulement de l’achat, mais aussi de la vente de ces produits agricoles travaillés (farine, arachide…). Le camion orange surgissait dans les villages comme une consolation de la population après les durs labeurs des activités champêtres. La Coopérative disposait aussi d’un magasin de vente des produits manufacturés : savons, huile, habits et même des pièces de vélos. Les coopérateurs pouvaient s’en procurer à crédit. Au bout d’un an, certains pouvaient s’acheter des objets de valeur, tel que un vélo ou se construire une maison convenable.

L’Entreprise faisait d’énormes progrès sous l’œil vigilant de DIETER qu’assistait le Zaïrois MATEP JOJO. Tout le monde était satisfait et y trouvait son compte.



L’ASSEMBLEE GENERALE

                   Pour mieux contrôler l’Entreprise, les agriculteurs et la direction se retrouvaient une fois l’an au sein de l’Assemblée Générale. Y prennent part, les représentants de chaque village (appelé Centre), les Gérants et le Conseil de gestion. A l’ouverture et à la clôture, on y invite aussi les notabilités de la place : Le Commissaire Sous-Régional de Kasaji, le Commissaire de Zone de Kapanga, le MWANT YAV, les responsables religieux, les autorités militaires… Et aux discours protocolaires de pleuvoir.

L’assemblée siège pendant trois jours : on présente des rapports des activités, on fait des révisions et fixations des prix des produits agricoles pour la saison prochaine on parle de la « vie de la Coopérative »

En 1985, la Coopérative était au sommet de son prestige : il y a une augmentation significative du nombre des coopérateurs et de la production. La même année, elle acquit son autonomie par rapport à la mission catholique dans son fonctionnement. Les fondateurs n’œuvraient plus sur place à Kapanga. Le Père Joseph n’y reviendra qu’en 1989.

En avril 1989, le mandat de Monsieur DIETER IMHOF touchait à sa fin. On annonce son remplacement par un couple Belge. Mais en attendant l’arrivée de ce couple, un jeune stagiaire Belge, Frère Patrick NEYS assurait l’intérim. C’est en novembre 1989 que débarquèrent les nouveaux gérants, Luc DENOYETTE et son épouse KRISTEL WITTOUCK, accompagnés par DIETER, le gérant sortant.

En ce moment, hélas !, la CAGRIKAP avait plutôt l’air essoufflé. L’héritage de LUC et KRISTEL n’était pas enviable. Un défi leur était lancé. Le camion et la jeep étaient amortis. L’économie même du pays est aux abois. La CAGRIKAP, butte à des multiples difficultés. Elle a la corde au cou. Les agriculteurs, sentant le poids de cette période de vaches maigres, pensent qu’ils sont trompés. Ils ne jouissaient plus, en effet, des avantages qui étaient les leurs jadis (Par exemple, le crédit).

A l’Assemblée Générale de 1990, le fondateur, le Père Joseph est présent pour soutenir le jeune couple aux prises avec les agriculteurs en colère. Tous les trois tâchèrent de s’expliquer sur la situation actuelle et les espérances en vue. En vain. Le langage des paysans devient insupportable, le Père Joseph est tout simplement scandalisé, il claque les portes au milieu de la séance. Il veut enterrer l’Entreprise qui, dit-il,’ n’est pas avant tout une Coopérative de Crédit’. L’Assemblée tourna au vinaigre. Tout le monde en sortit fâché. Le couple cependant veut encore être optimiste : il y a moyen de trouver une solution. La concertation eut lieu entre le Père Joseph et le couple.

Il fallait nécessairement injecter des capitaux frais dans cette boite, il fallait trouver un nouveau camion, il fallait, il fallait… La Belgique était d’accord pour voler au secours de la CAGRIKAP. Les nouveaux gérants devaient donc travailler.

Mais, le malheur dit-on, ne vient pas seul. Au niveau national, un conflit éclate entre le Gouvernement belge et le Gouvernement zaïrois : ce conflit rentre dans le cadre de l'interminable et  fameux « contentieux Belgo-Zaïrois ». Le Président Mobutu entre en fureur contre les Belges et expulse illico tous les coopérants Belges du Zaïre. LUC et KRISTEL plièrent bagages le 28 juin 1990, abandonnant la moribonde CAGRIKAP à son propre sort. Une nuit noire sombra sur ses bâtiments. Aujourd’hui l’herbe a envahi la cour. C’est maintenant que Monsieur Mukaz peut hériter du titre pompeux de Gérant a.i.

La CAGRIKAP attend encore sa réanimation.



CONCLUSION
               Au bout de notre travail, nous croyons, sans naïveté de notre part, que l’Evangile de Jésus-Christ est tombé dans de la bonne terre à Kapanga. Rude montée, marche cahotante, lente maturation de la vie chrétienne, nous ne pouvons pas décrire autrement l’histoire de l’Evangélisation de Kapanga. Nous avons fouiné dans un passé relativement lointain avec nos limites des moyens. Nous n’avons pas toujours obtenu les informations que nous aurions voulu avoir ; nous n’avons pas parlé de la vie de tous les prêtres qui, eux aussi, ont été à leurs manières, des inlassables apôtres des Jésus-Christ. Le sujet reste ouvert à d’autres chercheurs…

Quant aux pages qui s’arrêtent ici, elles ont voulu simplement traduire notre émerveillement face à l’œuvre accomplie par tous les missionnaires de Kapanga.

« Comme ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager de la bonne nouvelle ».

Isaïe, 52,7





SUCCESION CHRONOLOGIQUES DES MISSIONNAIRES DE KAPANGA



1. P. EVRARD LAUREYS1929-1938

2. P. AMANS SMEETS 1929-1938

3. P. ADHEMAR DEPAW (KAWEL) 1934-1941

4. P . PASCAL CEUTERICK 1937-1945

5. P .TITUS VAN RUYTEGEN 19368-1941

6. P. TIBALD PETERS 1940

7. P. GODARD LEMMENS 1940- ?

8. P . SIDON VAN DEN BORCHT 1940-1955

9. P. MARCELVAN INN ( SAMUSENG ) 1943-1955

10. P. CONSTANT JACOB 1946-1952

11. P. WULFRAM GOAVAERTS 1949-1954

12. P. JEAN BOURGONYON 1955.

13. Fr RE?I DE BOEVER

14. Fr VERCOUTEREN

15. Fr ARNOLD KNAAPKENS

16. Fr GODFRIEND LOUWERS

17. P. LEONARD VANERP

18. P. JEROME GUBBELS ( KABWABU) 1955

19. P. JOSEPH Hermann 1955

20. P. ALBERT IHLE 1957

21. P. ANSELME 1957

22. P. LOUIS HEITFELD (MADJAKU) 1958

23. P. ONESIME EGGERT 1959

24. P. FRANS CARIS 1959

25. P. LAURENT THEODORE JANSENS 1960

26. P. MARTIN KOOPMAN (SAMBAZ) 1961- A NOS

JOURS

27P. ARNOLD STEVENS 1961 – A NOS JOURS

27. P. GODEFROID GOVAERS 1961-1991

28. P. JOSEPH CORNELISSEN 1964- A NOS JOURS

29. P. HUBERT GUSEN 1964

30. P. PIET MAURICE STEVENS 1965

31. P. WILLY SMEET 1965

32. P. ROMAIN MINSEN 1972

33. P. JACQUES HENKENS 1974-1989

34. P. LAN SZCPILKA 1980- Q NOS JOURS

35. ABBE MUZUKA MAVUNGA GABRIEL 1983-1985

36. ABBE KALENDA KET ALAIN 1989- A NOS JOURS



Par Abbé Alain Kalenda Ket









Histoire de la mission Catholique de Kapanga et les abbés

CHAP 10 LES ORDINATIONS SACERDOTALES DE KAPANGA



                      Une Eglise n’est pas encore enracinée dans le terroir évangélisé si elle se refusait à y susciter des vocations sacerdotales locales. Cela, en effet, équivaudrait à dire aux fils du terroir, : « La chose ne vous concerne pas ».

C’est ainsi que les Franciscains conscients de ce fait ont accepté d’envoyer des jeunes lundas en formation au Séminaire pour le sacerdoce. Dès le début des années 1960, on pouvait déjà gouter aux délices de cet investissement :

- Le 08 mai 1960 : ordination de l’abbé Michel NAWEJ

- Le 02 août 1964 : ordination de l’abbé Christophe REMB

- Le 08 août 1965 : ordination de l’abbé Paul MBANG

Nous avons rencontré ce dernier, et il nous fait le récit de du grand événement  de son ordination:

                          En 1965, Kapanga accueillait dans la liesse et les chants un de ses fils, l’abbé Paul Mbang. Il venait d’être ordonné prêtre à Kolwezi, le 08 août de cette même année devant le Lycée Notre Dame des Lumières. Nous n’allons pas vous livrer ici la description de l’ordination proprement dite, qui, comme le dit si bien le concerné, se déroula sur une ‘terre étrangère’. La famille qui y était représentée attendait avec une patience mesurée le retour au pays natal à Kapanga et plus précisément dans le village de CHIPAZ. C’est là, en effet que l’événement se revêtit de toute sa magnificence. Jamais foule n’avait été aussi nombreuse que ce jour-là, dans ce village de l’autre rive de la Lulua . Le nouvel ordonné y entra en prince porté sur le traditionnel ‘chipoy’ au milieu des danses et des acclamations (Tulabul). Il était vraiment heureux et consolé d’appartenir à un clan enraciné dans la digne culture lunda. L’abbé Paul nous rapporte qu’il lut dans son village sa messe des prémices devant une assistance incroyable : aussi inattendue que douteuse quant à ses sentiments véritablement religieux. Ce jour-là, unique depuis la création du monde, il n’y avait plus, à Chipaz, de distinction entre familles catholiques et familles méthodistes. Les animistes et les païens de toutes sortes avaient oublié leurs convictions et étaient emportés dans le tourbillon d’une joie sainte et catholique. Le plus important était d’honorer le village par ce fils exceptionnel. Après la messe, les débordements se poursuivirent dans les danses traditionnelles de Dikand, Kalal-a-Kabooz, Moy, Mandjos etc.

Plusieurs discours furent prononcés en commençant déjà par Kolwezi, puis à Chipaz et à Musumba.

Les années 1960 et 1970 s’écoulèrent sans qu’il y ait des jeunes gens de Kapanga qui entrèrent dans les ordres. La nouvelle vague des ordinations ne commencera qu’en 1986, une vingtaine d’années plus tard. Cette fois-là, c’est le village de Mulambo qui fut honoré avec l’ordination de son fils KABEY MUCHAIL EMMANUEL. Comme son lointain devancier, l’abbé Emmanuel fut ordonné aussi devant le Lycée Notre Dame des Lumières à Kolwezi, c’est quelques jours plus tard qu’il se rendra à Kapanga pour célébrer ses prémices. Il fallait bien qu’on ordonnât un jour sur le sol même de Kapanga un fils du pays.

Cela arriva en 1987 : trois prêtres et un diacre y seront ordonnés par Monseigneur Songasonga : d’abord l’abbé Hubert Mutombu à Kalamba, le 19 septembre 1987,  puis les abbés Kapend Museng Sabin, Kapend Sabul Albert et Muchak-a-Kasang Emery (ce dernier comme diacre) à Musumba, le 26 septembre 1987. Les Kapend étaient vraiment bienheureux ce jour-là, et l’on chanta pour eux cet hymne aux Kapend : « Chakin a Kapend amboku, tusangar nen, ushon wapwang kal » La joie et le chikur coulèrent à flot…

En 1989, on consacra de nouveau la formule des ordinations à Kolwezi. On ordonna les abbés Mushid Ngambu Jean-Pascal et Mutombu Chey Christophe à Mariapolis-Kolwezi. En septembre de la même année, ils se rendirent dans leurs villages respectifs célébrer les prémices, à Museng pour l’abbé Jean-Pascal et à Kambamb pour l’abbé Christophe.

L’année suivante en 1990, l’abbé Kadjat François ordonné à Kolwezi, suivit le même cheminement en venant sanctifier son village de Ntembo près de la rivière RIZ.

Partout où l’on fêtait ces événements, le nouvel ordonné était comme intronisé chef spirituel de son village : et l’on jubilait toujours avec la même piété ambiguë où le folklore prenait très vite le dessus : la messe, chaleureusement chantée, est rythmée par des coups de fusil (qui arrachaient souvent des tressaillements à Mgr Songasonga). A ces salves répondent des cris aigus des mamans toujours transportées dans une euphorie insatiable. La danse est présente d’un bout à l’autre de la messe. C’est la fête…





CHAP 11 : LA PERCEE DES ABBES A KAPANGA



Depuis sa fondation en 1929, la mission de Kapanga ne fut évangélisée que par des missionnaires des Congrégations Franciscaine et Salvatorienne. Les prêtres diocésains étaient pratiquement inconnus. Bien sûr, nous avons signalé, au passage, le travail missionnaire accompli officieusement dans cette contrée par l’abbé Mukendi David au compte de la province du Kasaï. Cette présence fut contestée par la population lunda. Il fallut attendre plus de quarante ans depuis la fondation pour que le Diocèse puisse enfin envoyer le premier prêtre autochtone œuvrer à Kapanga.



1.1.1. L’ABBE MUZUKA MAVUNGA GABRIEL

Le 1er octobre 1983, Mgr Songasonga Evêque de Kolwezi, daigna envoyer à Kapanga le premier prêtre autochtone travailler dans cette mission. Il habitera un moment à la mission Ntita, mais exercera son ministère dans la Paroisse Sainte Famille à Kapanga - village. Il finira par y demeurer. Mais son séjour fut vraiment bref : deux années plus tard, il quittait ce sol pour commencer une nouvelle Communauté des abbés à Kasaji en 1985.



1.1.2. L’ABBE ALAIN KALENDA KET



112.1 « Après la vie de l’école, c’est l’école de la vie. »

En 1989, j’avais un an de sacerdoce quand Monseigneur Songasonga me détacha de la mission de Kafakumba pour me transférer à Kapanga à double titre de vicaire paroissial de Ntita et vicaire paroissial de Musumba. Le ministère d’un abbé zaïrois était une nouveauté pour ces deux paroisses. C’était ma percée dans le bref salvatorien.

J’y débarquai le 06 septembre 1989, accompagné par l’abbé Gabriel Muzuka. La mission était déserte : tous les missionnaires salvadoriens avec qui je devais désormais vivre étaient en vacances, seul un jeune stagiaire laïc belge, Patrick Neys expédiait les affaires courantes des finances ou d’ordre social. Pas de messes !

Je commençais donc ma pastorale en apprenant tout de moi-même, navigant entre Ntita et Musumba jusqu’en novembre quand arrivèrent mes ainés confrères salvatoriens Père Joseph CORNELISSEN et Père Paul WEY. Père Joseph était mon Curé qui devait m'aider dans mon ministère à Kapanga: il me chargea de m’occuper plus de la Paroisse de Musumba, sans négliger pour autant les activités à Ntita.
Les festivités de mon accueil furent organisées séparément dans les deux paroisses. Et ces fêtes de bienvenue se multiplièrent selon les différents groupes paroissiaux : d’abord celle du conseil Paroissial et puis des légionnaires, des Kiros, des acolytes, des enseignants, des militaires dans leurcamp, etc.

Il fallait commencer enfin le travail.   Au menu du quotidien : je m’acclimatais par des rencontres des personnes, les visites des CEV, je tranchais des différends et puis commencèrent les activités de mes dix villages attachés à la desserte de la Paroisse de Notre Dame de Fatima Musumba. Mensuellement je présidais le conseil Paroissial…. Je m’organisais progressivement. Mais la Paroisse était encore sous le choc de la disparition de certain animateur pastoral Mases Marcel, animateur très célèbre, mort le 19 mai 1989, quelques mois avant mon arrivée. Cela amena quelques perturbations dans le comportement chrétien de beaucoup : on était, en effet, préoccupé plus par  la recherche du sorcier qui aurait emporté Mases.  Il était urgent de se pencher sur ce problème et de créer un nouvel esprit au sein de la communauté paroissiale. Avec l’aide de Dieu, nous y parvînmes, on oublia peu à eu les dissensions qui déchiraient la paroisse à cause de la mort de Mases,  et on devait commencer une nouvelle histoire, dans une nouvelle dynamique.

Quelques années passèrent pendant lesquelles je me suis impliqué à fond dans mon travail pastoral : l’intégration était déjà chose faite. Au conseil paroissial, nous décidâmes de réaliser certains projets : cuire un four à briques pour la construction prochaine d’une deuxième église dans la cité de Musumba, créer un domaine marial dont l’inauguration eut lieu déjà, même sans construction d’édifices, le dimanche 27 mai 1990 lors d’un pèlerinage et d’une messe célébrée sur les lieux situés au bout de la cité Kambove de Musumba sur la route de Nfachingand. Nous cultivâmes un champ paroissial….. Les messes dominicales étaient des véritables fêtes ou les fidèles louaient chaudement le Seigneur sous le rythme entrainant des chants lunda des chorales KUSENG et CHISAMBU. Les visites des villages environnants faisaient aussi ma joie : KAZOL, KANAMPUMB, KATENG ; CHISHIDIL, KATALAL, KARL, MWANT ILAND ; partout j’étais accueilli avec la même émotion religieuse, avec le même délire et la même gaieté…..

En août 1992, Monseigneur l’Evêque, remarqua mon travail accompli dans la Capitale de l'Empire Lunda, il me confirma Curé de Notre Dame de Fatima – Musumba, par une lettre officielle. En pratique j’en faisais déjà office. Mais,  la politique allait bientôt se mêler à la marche de l'Eglise. Le Zaïre venait d’entamer son long processus de démocratisation, les partis politiques pullulaient partout.
Au Katanga l’UFERI faisait figure de grand et unique parti des Katangais. Un conflit assez sérieux advint, lorsque dans un sermon dominical (le 29 mars 1992), j’ai dénoncé le comportement odieux et brutal de certains partisans de l’UFERI qui rançonnaient leur propre population. Le président territorial de ce parti ne toléra pas « l’immixtion des calotins dans la politique ». Les dirigeants de l'UFERI Musumbaentamérent une campagne d'intoxication de la population contre le Curé  que j'étais. Ils créèrent un climat malsain dans le village : on ne me laissa désormais plus tranquille. Les instances officielles de l'Etat affectèrent à mon domicile des miltaires pour ma garde de nuit. Pendant cinq mois je vécus sous cette pression psychologique des miltants de l'UFERI. Ma nomination de Curé en août me réconforta un peu mais,  pas pour longtemps. En effet, le 26 septembre 1992, je quittais Kapanga avec ma Land Rover pour m'exiler à Kolwezi.

J'y fus reçu par Monseigneur Songasonga, mon Evêque. Il me demanda de demeurer à Kolwezi le temps qu'il fallait, mais je devais retourner à Musumba dès que possible. Mon exil durera finalement cinq mois. 

A Musumba, c’est la consternation de beaucoup de fidèles catholiques restés sans pasteur. Les jeunes enfants continuèrent à chanter dans la rue et dans leurs jeux ce refrain de triomphe qu’ils avaient composé auparavant lors d’une rencontre de football où notre équipe sortit victorieuse : « Abbé walond, Abbé walond yangany kwen ukawinany, kwikil chom chikwezakwo ». Ce qui veut dire : « l’Abbé nous a dit, allez gagner, rien ne vous arrivera ». Un chant symbolique certainement : oui ! Le Christ lui-même vaincra, l’œuvre commencée par le Père Evrard à Kapanga en 1929 se poursuivra...

De Kolwezi je me rendis à Lubumbashi où je fus reçu par le puissant Gouverneur du Katanga, Monsieur Kyungu wa Kumwanza, à son domicile de l'Avenue Kipopo. Il était l'un des fondateurs du parti de l'UFERI.   Il minimisa l’affaire, et me manifesta sa sympathie et son désir de me voir continuer à œuvrer à Musumba : "Tu es fils Katangais, me dit-il". J'étais conduit chez le Gouverneur par Monsieur Muyej Mangez, un ami et  membre influent du parti.

Le 15 février 1993, je regagnais Musumba. J'y  fus accueilli triomphalement  pour commencer de nouveaux combats pour le Seigneur Jésus.



1.1.2.2. SOUVENIR DE VIE EN MISSION

A certaines heures de repos et de souvenance, l’esprit vagabonde ça et là, il s’accroche à la mémoire d’un voyage ou d’autres événements. C’est un flot des souvenirs vivants dont il me plait de conter  ici quelques-uns

La mission c’est la joie d’être utile à une multitude des personnes connues ou non ; la vie est rythmée par des faits, importants ou anodins.

Tôt le matin, la journée commence par l’offrande de la messe : la cloche sonnée par le sacristain mi-sommeillant, retentit dans le silence matinal en même temps que le crépitement du tam-tam (mond, en lunda ) des voisins méthodistes. La nuit s’achève, le crépuscule matinal se désagrège progressivement. Les silhouettes des cases de la capitale de l’Empire se dessinent. Des voix annoncent que la vie ressuscite. Sur la route de l’église, des fidèles s’empressent à rejoindre la paroisse par groupe de 4 à 5 personnes. La messe commence à 6 heures chantée par quelques pieux et persévérants disciples. Immédiatement après la messe, on n’attend pas un rendez-vous, vous êtes littéralement accaparé : l’un vient s’enquérir de votre santé, l’autre demande qu’on bénisse son chapelet, un troisième est estropié, il a besoin qu’on l’assiste. C’est alors seulement qu’on peut se retirer pour la récitation du bréviaire et commencer les activités ordinaires de la mission. Le soleil point déjà là haut. Le Curé est au centre du village :

"Monsieur l’abbé, les fidèles vous attendent au four des briques qu’on construit à la cité". – Bon j’y viens bientôt !

Et dans l’entre-fait, on frappe à votre bureau :

"Mwant abbé, voici une palabre sur la sorcellerie…. Suit un long récit passionnant des histoires qu’on serait tenté de juger de farfelues". Mais il fallait accorder de l'importance à la personne tourmentée.

"Mwant abbé, voici un message qui vient du palais de Mwant Yav, le Grand Chef voudrait que…."

"Mwant  abbé, les militaires viennent d’arrêter arbitrairement un de nos fervents chrétiens, il faut vite intervenir, il est maltraité….."

Mwant abbé, un chrétien va bientôt rendre l’âme, il demande l’onction".

Et l’on applique le principe qui nous demande d’ « avoir dans son sac une chanson pour chaque peine. Chaque individu est toujours nouveau et son problème est toujours le plus important. L’exercice du sacerdoce est de s’exercer à se  composer un visage toujours affable prêt à écouter, même quand vous êtes contrarié par des problèmes qui vous sont propres. Parfois, on est quand même exténué, l’énervement prend le dessus. Parfois aussi les « ayant droit » à la charité se font légion. Et on n’est pas riche pour tant distribuer….On se lasse. De fil en aiguille, on termine une journée. On rentre dans la cour interne prendre son repas. La nuit tombe. L’électricité est, bien sûr, inexistante.
 – "Monsieur l’abbé, on n’a plus de bougie pour l’éclairage au réfectoire et au salon, constate Papa Fidel, le cuisinier". Au ciel, le premier quartier de la lune monte ses reflets qui éclairent à peine. – "Tant pis, Papa Fidel, je resterai dans la cour, au clair de la lune, sers-moi le repas du soir ici…"



« Quand viennent les soucis, ils ne viennent pas simples espions mais bataillons entiers ». (SHAKESPEARE)

Ce vendredi 26 février 1993, est une journée de malheur. Une tornade s’abat sur le village. Les maisonnettes se devinent à peine à travers la masse pluvieuse. Un vent terrible accompagne cette tempête. Le vacarme des tôles devient de plus en plus assourdissant. Dans la désespérance étreignante de cette fin d’après-midi, je contemple à travers les voiles des larges fenêtres de mon bureau les dégâts : des maisons qui croulent, des arbres qui craquent, une foudre qui éclate. L’angoisse me saisit. Tenace et inlassable, la pluie continue avec la même force destructrice. Elle finit par soulever une partie du toit de mon église, Notre Dame de Fatima : Tôles et plafond métalliques s’envolent dispersés jusque devant mon bureau. L’antenne de ma petite phonie est terrassée. J’assiste à ce tableau macabre, le cœur serré. A peine revenu d’exil ! J’avas dix jours depuis mon retour à Musumba. Et le carême venait de commencer. Progressivement, le ciel imposa son silence. Il est 18 heures. J’avais bien peur ! Mais dehors l’on entendait déjà les jacasseries de la foule des badauds et les criailleries des enfants contemplant le majestueux édifice, dépouillé. Seigneur ! Un événement de plus dans ma petite vie de pauvre jeune Curé ! Il fallait tenir tête au découragement. Abbé Alain, curé de brousse sur qui tous les yeux des fidèles étaient braqués, rôle délicat et pénible, j’acceptais de le jouer jusqu’au bout. Nous devions relever le défi nous-mêmes, sans financement de l’étranger: j’encourageai en ces termes les fidèles. Quelques mois plus tard, avec, quand même,  le concours de la mission Ntita où habitaient  mes confrères et nantis Pères Salvatoriens et même avec le concours de la mission méthodiste (qui nous prêta un poste à souder), nous parvînmes à remettre tout en place. Et la vie continuait… avec de nouveaux appels à l’initiative, à l’ingéniosité et surtout au cran.



EN TOURNEE…

La vie en mission, c’est aussi les visites des communautés chrétiennes de la brousse intérieure. Les villages dont j’ai parlé ci-haut attendaient toujours ma prochaine arrivée.  Aujourd’hui, nous allons vers le village de Mwant KARL, à une vingtaine des kilomètres de Musumba. L’animateur pastoral, KAPEND CHITAV Boniface, qui m’accompagnait dans ces tournées est arrivé tôt à la Paroisse d’où nous devions partir. Ma moto Honda était prête. Un dernier coup d’œil avant le voyage : "rien n’est-il oublié ? Calice, ciboire, hostie et vin, missels, les huiles saintes…?"  Mon compagnon acquiesce. Tout y est vraiment. Plus qu’à fermer mon sac blanc où tout cela est fourré. Bientôt l’animateur l’accrochera sur son dos. Un dernier adieu à papa Fidel, le cuisinier. J’empoigne les guidons de ma Honda après avoir attaché le casque de sécurité. L’engin sera bientôt lancé à travers la campagne à 80 Km/h. L’animateur KAPEND s’agrippe de tous ses muscles. Les dernières plantations de Musumba sont dépassées en un clin d’œil. Sinueux, le sentier s’étire à travers la savane boisée aux herbes encore hautes en ce début de la saison sèche. L’armure de sécurité dont je me suis revêtu ne suffit pas à parer les fouets sifflants de ces herbes tenaces. Rien ne nous arrête, nous échangeons à la volée quelques paroles. Le village CHISHIDIL est dépassé, puis KATALAL. On sent l’approche d’une rivière, oui la RUSHISH est à quelques mètres. Le pont qui coupe cette rivière est formé d’un tronc d’arbre suffisamment rond pour vous faire craindre une traversée sans chute. C’est vraiment un passage dangereux. Nous descendons de la moto pour mieux prendre toutes les précautions. Il faut la pousser, elle est assez lourde, jamais je n’avais appris à faire l’équilibriste, heureusement mon compagnon, plus expérimenté, intervint efficacement et nous traversons avec succès la rivière. Enfin on approche : les champs de manioc défilent à nouveau et brusquement les toits des chaumes apparaissent, nous sommes arrivés à destination dans le village de MWANT KARL.

Déjà viennent en courant hommes et femmes devancés par les enfants, tous chantant et criant leur joie. Le refrain de bienvenue est repris par tous : « Wezaku, wezaku Mwante, wezaku Mwant, ilel unou wez kal ; wezaku Mwant amboku ! Twading aan anshon, nlel ushon wapwang kal, wezaku Mwant amboku ! » Ce qui veut dire: "Bienvenu, bienvenue,  Mant (titre de respect). Nous étions comme des orphelins tristes, maintenant, plus de tristesse, bienvenue, Mwant"

Le catéchiste, l’air très important, accompagné par ses subalternes maîtres de chant, se frayent un passage parmiles hommes,  les femmes et les enfants pour nous accueillir les premiers,  à l’entrée du village. Le Chef, MWANT KARL CHIKOMB attendait majestueusement assis sous l’arbre devant son palais : le cortège devait être reçu d’abord chez lui où les chaises en bambous étaient d’avance rangées avec protocole : l’événement est de taille. Après mon petit mot de remerciement pour l’accueil me réservé, c’est chez le catéchiste que le cortège termine sa marche. Sans repos, je demande à mes hôtes de se préparer pour la célébration de la messe : baptêmes et mariages religieux étaient prévus.

Ainsi, dans la ferveur de cette sainte visite, les gens du village exécutent l’un après l’autre les différents moments de la journée festive :

- Messe fiévreusement chantée

- Repas pléthorique : au menu le ruk (boule de pâte à base de manioc), la viande de chasse, du poulet etc.

      Le soir est déjà tombé après la longue célébration eucharistique, on dispose des bûches, l’une sur l’autre pour être allumées. Les réjouissances nocturnes allaient commencer. Ici et là on voit des mamans arracher des pailles à leurs cases, allumées ces pailles serviront de torches. Le grand moment des danses et des chants a commencé : mélodies religieuses et chants profanes s’alternent. Quelques discours improvisés par des membres du groupe: "Tukwet musangar wa kumwak Tatuk Abbé Lain..." (Nous sommes heureux d'accueillir l'Abbé Alain). Une éclatante clarté illumine les chaumières de ce beau village des « a Kaumbu, ainsi sont nommés les habitants de Karl ». On est bien content de la confiance vous témoignée, même si on va se coucher avec des oreilles qui bourdonnent. Le lendemain, une autre messe avant la séparation, une dernière exhortation puis on lève l’ancre gratifié des poulets ou même d’un mouton : la vie en mission a ses peines, mais aussi ses délices.

Pendant des années, je vivrai ces scènes d’accueil dans les villages, des villages parfois tellement minuscules qu’on dirait qu’ils ont volé à la brousse conquérante juste un petit espace pour la vie humaine.

Tout cela me revient parfois avec nostalgie : c’est gai, cette petite pluie monotone, ce soleil doré du mois de mai.  C’est joyeux, ce dérangement d’enfants aux torses à peine vêtus qui emplissent votre bureau pour vous demander des images (ipich, disent-ils en ruund) et des bonbons. Souvenir aussi des voyages en véhicule Land Cruiser : quand on a échoué dans de la boue collante et après un travail harassant, lorsqu’on en sort avec des vêtements trempés et la glaise qui vous colle à la peau et qu’on peut repartir, alors on comprend mieux le prix de l’effort, et l’identité de missionnaire de brousse. Souvenir de la vie d’un peuple si démuni, si simple, si rivé à la nature qui lui fournit sa subsistance saisonnière, un peuple pourtant toujours joyeux et accueillant… Musumba avec sa terre rouge m’a formé à l’école de la vie.

En juillet 1995, je quittais la mission de Kapanga pour commencer une toute autre vie, en ville à Kolwezi.



Abbé Alain Kalenda Ket